À Angers, opération école et cinéma, quand les élèves de cours moyen font de l'audiodescription.
Vendredi 27 juin au matin, grande effervescence dans la grande salle du cinéma « Les 400 coups » en plein centre-ville d’Angers : 4 classes viennent présenter l'enregistrement de leur audiodescription de trois films d'animation. Les membres d'apiDV, les bénévoles d'actifsDV sont nombreux pour assister à cet événement au milieu d'une centaine d'enfants, d'élèves de l'Institut Montéclair pour DV, de membres de la fondation Visio, de cadres de l'Éducation nationale, de leurs enseignants et de quelques parents.
Il y a quatre ans, Xavier, conseiller pédagogique arts plastiques et visuels à la direction des services départementaux de l'Éducation nationale, profite du stage d’audiodescription organisé par la fondation Visio avec Dune Cherville, professionnelle fort expérimentée. L'idée de Xavier était de faire audiodécrire des films d'animation aux enfants de cours moyens. Pour cela, il s'entoure des conseillers pédagogiques de français pour aider les enseignants à faire écrire par les élèves les textes en audiodescription, des enseignants chargés de coordonner les réseaux d'éducation prioritaire mais aussi de Morgan Renault, un audiodescripteur professionnel qui vient expliquer son métier dans les classes, Philippe, un comédien qui apprend aux enfants à poser leur voix et les accompagne lors des enregistrements. Il réussit à obtenir l'aide d'une maison de quartier, le Centre Jean Vilar, disposant d'un studio d'enregistrement qui met aussi à disposition un technicien durant quatre demi-journées et un financement de l'association "Cinéma parlant" et des cinémas « Les 400 coups ».
Très vite, apiDV se greffe à cette opération. Difficile en effet de passionner les enfants pour cette tâche s'ils ne savent pas à quoi elle peut servir et s'ils ne connaissent pas les non-voyants. Aussi, il est décidé qu'apiDV passera dans les classes pour contrôler la bonne audiodescription du film avant son enregistrement en avril-mai. Bien sûr, j'en profite, puisque c'est moi qui suis chargé de cette opération — ce dont je ne me plains pas — pour répondre aux questions, particulièrement nombreuses car les enfants ont réfléchi à la cécité et à la malvoyance, ayant dû transposer un film muet pour le rendre compréhensible par des non et malvoyants. Cette année, je suis allé assister aux séances d'enregistrement et ai fait écrire à chacun son nom en braille, ce dont ils furent ravis. Les enfants ont acquis les techniques de guidage et se sont montrés très chaleureux à notre égard. Une partie des classes est obligatoirement — c'est la condition du financement — choisie parmi les réseaux d'éducation prioritaire, particulièrement fiers de ce travail alors qu'ils se sentent souvent rejetés et ont parfois une maîtrise un peu aléatoire du français. Les maîtres et maîtresses indiquent qu'ils en voient le bénéfice dans leur savoir-être, leur vocabulaire et la concision de leurs expressions écrites ; les listes d'attente des maîtres volontaires sont assez importantes et, au cinéma, une maîtresse a indiqué qu'elle souhaitait recommencer l'an prochain. Dans l'enregistrement, chaque enfant énonce deux ou trois phrases.
Lors de la séance aux 400 coups, après les discours d'usage, la première minute de chaque film est projetée sans image et les enfants des autres écoles sont invités à faire preuve d'imagination pour inventorier les bruits. La première minute est ensuite projetée sans image avec l'audiodescription et les enfants doivent aussi montrer leur imagination. Enfin, le film est projeté et les adultes et enfants sont invités à exprimer leur ressenti.
Cette année, quatre classes étaient en jeu : deux classes en éducation prioritaire de l'école Jacques Prévert à Angers pour le film L'air de rien, une histoire de mouette apprivoisée par un pensionnaire d'un EHPAD ; une classe de l'école rurale de Lézigné pour le film The Lost Sheep, histoire d'un mouton noir blessé, moqué par les corbeaux et vautours mais qui s'en sort bien ; et l'école Jules Ferry à Saint-Barthélemy-d'Anjou pour le film Boum, histoire d'un couple de dodos confrontés à une éruption volcanique rendant difficile le sauvetage de leurs œufs.
Croyez-moi, avec ces enfants, on se donne mais on reçoit aussi beaucoup. Sachez que tous m'ont dit avoir montré leur alphabet braille à leur famille. Plutôt que de baratiner sur l'école inclusive, mieux vaut sans doute mener de telles actions concrètes qui font beaucoup pour la promotion des DV.
Article rédigé par Hervé Rihal – apiDV Pays de la Loire